vendredi 16 juin 2017

Le traducteur [électro]-mécanique selon Federico Pucci

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Cercasi copia cartacea del quotidiano "Il Mattino", edizione di SALERNO, giovedì 6 febbraio 1930 ( contatto )

Dans ce billet :
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Quatrième partie - Premier texte au monde sur la traduction automatique
Troisième partie (en italien) - Federico Pucci, pioniere della traduzione automatica
Deuxième partie - Federico Pucci : LE précurseur de la traduction automatique
Première partie - Traduction automatique : SCOOP sur le traducteur dynamo-mécanique !

Sur Adscriptor :

Federico Pucci, inventeur du premier "traducteur mécanique" des temps modernes

4. Il traduttore [elettro]-meccanico secondo Federico Pucci (17/06/2017)
3. Exclusivité : les inventions de Federico Pucci dans la traduction automatique (24/03/2017)
2. Histoire actualisée de la traduction automatique (17/03/2017)
1. Traduction automatique : une découverte extraordinaire (16/03/2017)

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Préambule

Après avoir publié mes huit premiers billets sur l'incroyable découverte de Federico Pucci, j'avais été coupé dans mon élan par le manque absolu d'informations supplémentaires, à la fois sur le personnage et son invention. C'était sans compter sur la magie d'Internet !

Le 20 mai dernier, je reçois un courriel de ... la petite-fille de M. Pucci, émue de découvrir que près d'un siècle plus tard, quelqu'un s'intéressait encore à son grand-père !!!

Je vous passe les détails, mais je peux vous assurer que cette rencontre exceptionnelle a donné lieu à de très nombreux échanges fructueux, et qu'aujourd'hui j'en sais beaucoup plus sur l'inventeur et sur son cheminement, long, difficile et ... encore inachevé !

Je ne sais pas encore tout, loin de là, car une aura de mystère entoure toujours la vie de M. Pucci, y compris pour sa famille, mais l'une des principales surprises a été de retrouver auprès des Archives centrales de l'état italien l'existence d'une correspondance entre l'inventeur et le Conseil National des Recherches (CNR), équivalent italien de notre CNRS : il s'agit de deux lettres envoyées par M. Pucci (les 10 juillet 1949 et 17 octobre 1950) et des réponses respectives du CNR, dix jours plus tard (les 20 juillet 1949 et 27 octobre 1950).



Je vous donne ici la traduction française de ces textes, dont vous pouvez lire les originaux italiens retranscrits sur Adscriptor. C'est le texte brut, qui trace le contour précis de la façon dont M. Pucci a envisagé le problème de la traduction [électro]-mécanique dès 1930, précurseur absolu au niveau mondial de ce que nous appelons près de 90 ans plus tard la traduction automatique.

Ces documents sources sont un gisement extrêmement précieux sur l'approche de Federico Pucci, totalement inconnu(e) jusqu'à présent.

Parfois un peu ardus dans la description, ils sont livrés tels quels, car se suffisant à eux-mêmes, et d'une grande cohérence dans la tenue du raisonnement. Dont le but avoué est de revendiquer avec force et précision l'antériorité de son invention. Mon analyse suivra...

Bonne lecture. [Début]

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Premier courrier de Federico Pucci au CNR, daté 10 juillet 1949

Protocole CNR n° 008774 du 14 juillet 1949

Salerne, le 10/07/1949
Attention Conseil National des Recherches
Rome

Objet
Cerveau électrique nord-américain pour la traduction des langues étrangères et traducteur électromécanique italien participant à l'exposition-concours d’inventions qui se tiendra du 16 au 29 septembre 1949 à Paris

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J’ai l’honneur de soumettre au présent Conseil ce qui suit.

Dès 1930, je me suis intéressé à la question de permettre aux gens ne connaissant que leur propre langue de traduire d'une langue à l’autre.

La problématique en question avait déjà été posée en 1616 par l'immortel philosophe et mathématicien allemand Gottfried Wolfgang (sic) von Leibnitz. En partant de la constatation du fait qu’en Extrême-Orient de nombreux peuples communiquent entre eux au moyen de l'écriture idéographique chinoise, notre illustre savant tenta (lui qui fut le fondateur émérite de la logique mathématique) de concevoir un système d'écriture idéographique qui ne reproduirait plus les bizarreries et les illogismes de l'écriture chinoise, mais plutôt fondée sur des critères logico-mathématiques et qui pourrait donc faire office d’écriture internationale pour nos peuples. Cette étude, qu'il nomma pasigraphie, s’avéra inadaptée au but recherché, car les mathématiques et ses lois inflexibles et immobiles ne se prêtent pas à emprisonner les obstacles en mouvement que présentent inéluctablement des masses extrêmement fluides comme les langues, qui ne sont pas sans évoquer ces autres masses mobiles que sont les armées. Les mêmes erreurs commises par Leibnitz caractérisent les quelques 200 pasigraphies qui ont suivi, parmi lesquelles il convient de noter, par leur taille et leur conception grandiose la pasigraphie de Coblence (Koblenzer Pasigraphie) et celle du linguiste de Leipzig, Bachmeyer (sic), cette même Leipzig qui a donné naissance à l’excellent Leibnitz.

Les erreurs sont essentiellement de nature militaire, étant donné que, pour rester dans notre analogie entre masses fluides des langues et masses en mouvement des armées, Leibnitz ne s'est pas rendu compte qu’il commettait la même erreur que le général Carteau (sic) lors du siège de Toulon, qui voulut prendre d'assaut une ville fortifiée avec une arme inadaptée lorsqu’elle est employée seule, l'infanterie, car efficace uniquement lorsqu’elle est utilisée en complément, l’arme principale étant constituée par l'artillerie. Il n'a donc pas remarqué qu'il était dans les mêmes conditions que le général voulant emprisonner les troupes adverses en laissant immobile sa propre armée : celles-ci s’échappent par tous les côtés.

Je n'insisterai pas sur nombre d’autres erreurs stratégiques et me contenterai de mentionner une erreur linguistique, et une erreur mathématique. L’erreur linguistique consiste en ce que l’évolution historique des langues monosyllabiques n’est pas seulement différente mais carrément opposée – oserais-je dire – à celle des langues flexionnelles pour ce qui concerne la formation des langues individuelles appartenant aux deux groupes mentionnés ; par ailleurs, dans les langues monosyllabiques, du fait de l’impossibilité d'apporter des modifications à l'écriture pour éviter un nombre incalculable de confusions avec les autres idéogrammes, l'écriture a également fonctionné comme les sabots de fer enserrant les pieds des jeunes chinoises afin d’en limiter le développement ; il en résulte que les langues flexionnelles s’étant développées librement, il est impossible de leur faire chausser ce sabot de fer (l’écriture idéographique), car dans les langues monosyllabique c’est la langue parlée qui a évolué dans le sillage de la langue écrite, alors que dans les langues flexionnelles c’est l'écriture qui a été modifiée en fonction des modifications introduites par les lois de l'usage phonétique, qui ont constitué le principal axe directeur de formation des langues provenant des langues primitives. L'erreur mathématique est la suivante : les langues flexionnelles ne sont pas aux pasigraphies ce que les langues monosyllabiques sont à l'écriture chinoise, comme le croyait Leibnitz, et par conséquent il est faux d’espérer que les fonctions d’une pasigraphie s’appliquent aux langues flexionnelles de la même manière que les fonctions d’une écriture idéographique s’appliquent aux langues monosyllabiques ; les proportions varient et le dosage n’est pas le bon.

Il me semble donc que l’unique stratégie adaptée serait celle des sciences humaines, la seule susceptible d'emprisonner des obstacles en mouvement, et que les mathématiques ne devraient être utilisées que comme arme complémentaire, les premières étant en mesure de communiquer au cerveau l’élasticité nécessaire pour aborder et résoudre les problèmes inattendus que ne cessent de générer les masses des langues humaines autant dans leur orientation mutuelle que face à des modèles stratégiques ou mathématiques, tandis que les mathématiques forment certes le cerveau, mais dans un sens rigide et non pas élastique, un type de développement opposé à celui qu’il faudrait.

J'ai donc tenté d'aborder la question sous un angle entièrement nouveau en obtenant les résultats suivants, que j’expose d’abord en partant de ceux déjà examinés dans le cadre de contrôles ou de concours italiens et étrangers, puis en passant à ceux qui n’ont fait l’objet d’aucun examen.

J’ai obtenu un premier résultat en 1930, en lançant le premier Traducteur mécanique français-italien, primé par une médaille d'argent à l'Exposition nationale de Bolzano de cette année-là, puis plus tard par une deuxième médaille d'argent à Cuneo.

J’ai donc résolu le problème de la traduction langue étrangère - langue nationale pour des langues similaires, en ayant recours au complément du vocabulaire. Il est clair que le principal obstacle empêchant la traduction d'un texte étranger consiste en ce que le vocabulaire des langues flexionnelles n’est pas, comme pour les langues monosyllabiques, un vocabulaire intégral qui enregistre uniquement les entrées utilisées pour écrire et parler, d’où la nécessité d’étudier longuement leur morphologie ; à l’inverse, pour les langues monosyllabiques, qui sont sans morphologie, ce sont l'écriture et la façon dont il faut rechercher les idéogrammes dans le vocabulaire qui doivent être étudiées. Il est évident que si le vocabulaire des langues, disons européennes, était intégral, comme pour les vocabulaires sino-coréens siamois, et n’enregistrait pas seulement les formes à l'infini et nominatives mais aussi toutes les variations que les flexions imposent aux mots variables, la version d'un texte étranger pourrait être obtenue simplement en recherchant les termes dans le vocabulaire et en transcrivant leurs équivalents dans sa propre langue. La version ressemblerait à celle d'un texte chiffré dont l’on connaîtrait la clé de chiffrement, en admettant que les différentes façons de penser des peuples déterminent dans chaque langue des fonctions logico-catégorielles d’autant plus diverses que sont diverses la langue source et la langue cible devant faire l’objet de la traduction. Supposons par exemple un dictionnaire italien-français intégral enregistrant toutes les entrées telles que : vado (je vais), sarei (je serais), faglielo (fais-le lui), dimmelo (dis-le moi), graziosetto (très agréable), bellissimo (bellissime), cosuccia (petite chose), la traduction de l’italien au français serait très facile et ne présenterait pas plus de difficulté que pour traduire un texte chiffré en ayant la clé de chiffrement. Donc la première étape à laquelle je suis parvenu en 1930 fut de compléter le dictionnaire standard en lui donnant la même fonction qu’aurait un dictionnaire intégral enregistrant toutes les entrées utilisées pour parler et pour écrire ; dans un même temps, je suis passé à l’étape suivante en fournissant un supplément de vocabulaire pour les principaux cas où les deux langues s’expriment différemment, de sorte que le vocabulaire complet fournissait la version littérale et le supplément permettait de corriger en remplaçant la traduction littérale par la version exacte.

En 1931, un autre chercheur italien s’est intéressé à la question mais en produisant une étude totalement inexacte, dans laquelle il faisait preuve de compétence linguistique mais aussi d’une absence absolue de compétence mathématique, sans se rendre compte que les solutions proposées étaient toujours erronées. Inutile donc de la prendre en considération, quand bien même il publia en 1936 un autre ouvrage pour corriger quelques-unes de ses erreurs ; de plus, l'étude en question, dont j’estime qu’elle découlait de mes travaux, manquait d'originalité, même si cette deuxième édition démontrait une excellente connaissance de la langue traitée ; mais dans les deux cas, cet autre chercheur n’a abordé que l’aspect langue étrangère - langue nationale, tout en restant dans la sphère des langues romanes.

Pendant ce temps, toujours en 1931, j’ai pu aborder et résoudre le problème de la traduction de l'anglais vers une langue romane, en franchissant une première étape pour traiter la question de traduire une langue d'un groupe vers une langue d’un autre groupe, car de fait l’anglais peut être considéré à moitié de dérivation germanique et à moitié de dérivation romane. J’ai aussi pu attaquer et résoudre le côté inverse du problème, à savoir la traduction de ma propre langue vers la langue étrangère, en publiant le traducteur mécanique de type B pour la traduction en français.

Enfin, en 1936, j’ai pu résoudre le problème de la traduction de la langue allemande vers les langues romanes et vice-versa (série A, langue étrangère - langue nationale) et publié le traducteur mécanique de l'allemand.

Auparavant j’avais pu être admis, après examen de la part du présent Conseil, à la première exposition internationale des inventions qui fut organisée à la Foire du Levant à Bari, après avoir remporté deux médailles d'argent, une à Bolzano et l’autre à Cuneo.

J’avais également été en mesure de faire un pas en avant pour la traduction de type A, précisément en complétant le vocabulaire pour en faire un supercomplément, en ce sens que là où l’on complétait initialement le vocabulaire de 1 à 1, c’est-à-dire d'une langue à une autre, il était à présent possible de le compléter de 1 à n, soit d’une langue vers les autres ; cette étude fut primée par une médaille d'argent à l’exposition-concours internationales des inventions de la foire de Paris, en 1935.




Quant à l'autre chercheur, à propos duquel un journal italien avait publié une liste de plagiats commis dans son étude datée de 1936, il montra qu’il ignorait complètement les progrès réalisés par le soussigné de 1931 à 1936, raison pour laquelle je lui ai adressé les publications que j'avais éditées entre-temps, juste pour l’en informer tellement j’étais convaincu qu’il s’était arrêté à ce que j'avais publié entre 1930 et 1931.

Quoi qu’il en soit les études de cet autre chercheur sont totalement dépourvues de valeur scientifique par rapport au problème susmentionné, d'autant qu'il n’a plus donné suite, mais si je les cite ici, ce n’est pas parce qu’elles eurent une importance quelconque au vu du problème, mais uniquement parce que, en considération des études nord-américaines annoncées aujourd'hui, elles servent à confirmer l’antériorité italienne sur le problème de la traduction des langues étrangères sans les connaître ; en revanche, pour ce qui est du problème inverse (langue nationale - langue étrangère), le soussigné est le seul ayant abordé la question (l'autre italien n’ayant traité que de façon livresque l’aspect langue nationale - langue étrangère, ce même aspect qui est pris en charge par le cerveau électrique nord-américain, dont la mise en fonction est annoncée pour 1950, et pour lequel le Ministère de la Marine des États-Unis a déjà alloué une somme considérable).

En poursuivant mon exposé, je dois dire qu’il me fut également permis, en 1936, de participer à l'exposition de Leipzig, même si l’Exposition internationale des inventions qui se déroula dans cette ville, tout en appréciant mes études et en reconnaissant leur caractère innovant, ne l’accepta pas, l'originalité de mon invention étant qu’elle fut la seule à ne figurer que dans des livres, auquel cas le droit allemand ne prévoit pas la brevetabilité, chose que prévoit au contraire la loi française, au point qu’un brevet provisoire me fut délivré dans ce pays. Toutefois, compte tenu de l'intérêt du public allemand pour découvrir cette innovation, la Foire de Leipzig prit la peine de m’admettre dans un autre secteur et de m’accorder pour ce faire des facilités spéciales.

Puis ce fut la guerre, et le soussigné tenta de transposer ses études sur un plan militaire, en parvenant à créer les traducteurs mécaniques de type C et D, c’est-à-dire en reportant le problème sur un plan mécanique et en essayant de créer une nouvelle langue de formation mécanique, le dispositif C fonctionnant comme émetteur, et le dispositif D comme récepteur, ces deux dispositifs devant participer à l'Exposition de la Technique en 1940 ; pour autant, la Ministère de la Guerre s’opposa à cette participation, et je fus appelé à Rome pour apporter des éclaircissements sur mon invention, qui fut reconnue correcte et pour laquelle on m’autorisa à construire l'appareil aux frais de l'état pour les premières expériences, vu que je n'avais pas les capacités financières pour le faire. Naturellement, je fus obligé de garder le silence. Toutefois, en sachant que je n’avais pas les compétences mécaniques pour construire l'appareil et qu’il m’aurait fallu faire appel à des tiers, qui n’auraient pas forcément gardé le secret, j’ai préféré refuser la mission pour ne pas courir de risque, en abandonnant l'invention aux mains du Ministère de la Guerre afin qu'il en fit ce qu’il aurait jugé bon.

Il serait inutile de mentionner ces traducteurs mécaniques de type C et D s’ils n’avaient pas de rapport avec le problème de la traduction électrique, sur laquelle se penchent maintenant les américains, et à laquelle je n'aurais jamais pensé si je n’avais pas été amené à vivre les circonstances indiquées ici.

Lors de la retraite allemande de Salerne, j'eus l'occasion d'examiner de près une machine militaire allemande dénommée « Enigma », dont le nom était écrit sur l'appareil ; celle-ci présentait les mêmes principes que ceux sur lesquels reposait le Traducteur chiffré C-D ; toutefois, non seulement ces dispositifs avaient été perfectionnés, mais le problème que j’avais résolu au plan mécanique était maintenant transposé au plan électrique. En raison des événements, guerre oblige, je ne pus examiner l'appareil allemand que pendant quelques minutes ; toutefois je pourrais en faire une description sommaire et le mettre en relation avec mes traducteurs mécaniques C et D.

Toujours pendant la guerre, je pus élaborer une recherche que j’intitulais Traducteur-mécanique de type E grâce auquel, en utilisant les axes des abscisses et des ordonnées du plan cartésien, je fus en mesure de déterminer d'abord la langue dans laquelle était écrit le texte original, à condition que le texte original fût écrit selon le système des substitutions littérales constantes, en tenant compte des valeurs individuelles des lettres.

J’eus l'occasion d'appliquer cette méthode au bureau de la censure, en traduisant de nombreux documents ainsi rédigés pour plusieurs préfectures, en plus de censurer la correspondance en langues étrangères qui provenait de nombreuses préfectures italiennes, voire de toute l'Italie pour certaines langues.

En 1942, je réalisais une analyse grammaticale automatique, étude approuvée par le présent Conseil des Recherches (avis n° 11095 du 30/10/1942).

Concernant les traducteurs mécaniques, il convient de noter qu’ils rendaient possible uniquement la traduction mais que le processus était extrêmement lent, du fait qu’ils exigeaient l'utilisation constante du vocabulaire, leur potentiel consistant simplement à mettre quiconque dans les mêmes conditions que quelqu’un qui connaîtrait toutes les grammaires étrangères mais aucun mot de vocabulaire. Par conséquent, dans les deux cas, la traduction langue étrangère - langue nationale et langue nationale - langue étrangère se présentait semblable au travail qui devrait être fait pour traduire un texte chiffré dont on connaîtrait la clé de chiffrement. C’est précisément en partant de cette considération que j’ai tenté d'appliquer mes études aux dispositifs de chiffrement (traducteurs mécaniques C et D).

J’ignore si l'État italien aurait un intérêt à savoir si la conception de la machine allemande « Enigma » est originale ou si elle découle de mes études sur les traducteurs mécaniques C et D. Pour autant on devrait pouvoir la reconstruire, soit partiellement soit différemment, puisqu’il serait possible de retrouver le passage de l'état mécanique à l'état électrique que les allemands ont déjà réalisé avec la machine « Enigma ».

Cela étant, les allemands ont été les premiers à exécuter la traduction électrique (entre 1940 et 1943), probablement en la dérivant de ma traduction mécanique C et D. Pour autant le passage de l'état mécanique à l'état électrique (le fait que ce passage résulte ou non de mes études n'ayant aucune valeur pratique) a une valeur par rapport à la création du cerveau électrique nord-américain annoncée ce jour, qui arrive après que j’ai moi-même annoncé la traduction électromécanique italienne.

Entre la transposition au plan électrique réalisée par les allemands et celle annoncée par les américains, il y a cependant une différence fondamentale, qui est la suivante : pour les allemands, comme pour mes traducteurs mécaniques, le problème fut d'appliquer des substitutions littérales sur une même langue en tenant compte des lois mathématiques déterminées par le calcul des probabilités ; le problème peut donc être résolu en appliquant de manière intégrale des concepts physico-mathématiques, au sens où le facteur linguistique avec toute sa fluidité n'influe pas sur le problème lui-même, sans retomber ainsi dans l’erreur de Leibnitz, puisque l’arme physico-mathématique est la seule nécessaire et suffisante pour une résolution intégrale du problème, chose que j’ai personnellement résolue au plan théorico-mécanique, et les allemands au plan électrique.

Or le cerveau électrique annoncé par les américains reflétant plutôt le problème de la traduction de la langue étrangère vers la langue nationale, ils retombent ainsi dans la même erreur que Leibnitz, à savoir que les mathématiques avec leurs modèles et leurs lois rigides sont inadaptées pour suivre la grande fluidité de l’évolution des langues ; je pense en effet que les américains, et avant eux Leibnitz et d'autres savants l'ayant suivi, ne se sont pas posé la question de savoir comment se présentent les différentes langues par rapport à un système mathématique rigide, d’une part sous l’influence de l'école germaine ayant donné origine à Leibnitz et à sa pasigraphie, et de l’autre sous celle des américains et de leur théorie du multiplicateur automatique transposé au plan linguistique (quand bien même je n’ai pas connaissance de ce qu’ont fait réellement les américains, vu qu'ils ne rendront leurs résultats publics qu’en 1950, je peux aisément le calculer, de manière approximative, en me basant sur les informations publiées dans les journaux :

J’extrais du « Giornale du 31 mai » l’article suivant :

« Les surprenantes inventions » : Los Angeles 31/05/1949

M. Harry Huskey, chercheur auprès de l’Institut pour les calculs analytiques, a annoncé l’invention d'un cerveau électrique capable de traduire des langues étrangères.

Sur le fonctionnement de l’appareil, initialement utilisé dans le cadre des recherches mathématiques, le scientifique a déclaré : Pour réussir à traduire les langues, celles-ci doivent être saisies à la machine. Le service des recherches navales a déjà débloqué une somme d'argent considérable pour construire le cerveau.

M. Huskey est certain du bon fonctionnement de sa merveilleuse machine, qui produira une traduction littérale, mot à mot, et il incombera ensuite à l'utilisateur d’interpréter le sens de la traduction.

Le cerveau électrique sera testé au plus tard d’ici un an.

Il ressort de ce qui précède que le problème abordé par le cerveau électrique est celui, et uniquement celui-là, de la traduction de la langue étrangère vers la langue nationale, comme le suggère la phrase : « il incombera ensuite à l'utilisateur d’interpréter le sens de la traduction ». De même qu’il est clair que les américains, comme déjà dit, sont retombés dans la même erreur que Leibnitz, à savoir qu’ils ne se sont pas posé la question de savoir comment différentes langues se présentent en relation à des modèles mathématiques rigides, en particulier puisque la traduction littérale de langues ayant des origines diverses produit des résultats tout à fait incompréhensibles. Par ailleurs, de par son prix considérable, l'appareil américain n’a aucun usage commercial.

Entre-temps le fait suivant est survenu. Ces dernières années, l'auteur soussigné s’était proposé d’accélérer la traduction qu’il avait déjà rendue possible auparavant, mais extrêmement lente. Dois-je rappeler que j’ai aussi été le seul, jusqu'à présent, à aborder la question de la construction différente des phrases (l'autre chercheur italien ayant traité uniquement - et mal - le seul aspect du problème auquel sont confrontés les américains : la traduction littérale depuis la langue étrangère) ainsi que celui - la chose est d’importance - de la traduction de la langue nationale vers la langue étrangère (Traducteurs mécaniques de type B), ces dispositifs, après examen de la part du présent Conseil, ayant participé à l'exposition nationale des inventions de Bari en 1934. J’ai également affronté la question de la traduction électrique, en essayant de répercuter sur le plan de la traduction d’une langue à l’autre la transposition au plan électrique que les allemands avaient réalisé pour la traduction d'une langue donnée en un texte chiffré par le biais de substitutions littérales découlant, comme je l'avais fait au plan théorico-mécanique, de l'application des lois mathématiques relatives au calcul des probabilités.

C’est ainsi que je suis parvenu au Traducteur dynamo-mécanique en trois études : la première étude, livresque, a consisté en un prospectus servant à rendre possible la traduction à l'aide du vocabulaire (auquel il n’est plus nécessaire d’avoir recours de façon constante, mais seulement dans 15 % des cas pour des langues semblables, et dans 40 % pour des langues d'origine diverse) ; entre mars et avril j’ai publié deux petites éditions du Traducteur dynamo-mécanique à l’usage des italiens (français-italien et anglais-italien, plus une autre édition « anglais-français » à l'usage des français), en mentionnant dans les deux dernières publications la traduction dynamo-mécanique intégrale et la traduction électromécanique déjà réalisée. J’ai expédié ces publications par courrier recommandé au Président des États-Unis, dans l'espoir de recevoir un appui pour la construction des électro-traducteurs. Une vingtaine de jours plus tard, j’ai lu dans le journal l'annonce signalée plus haut. J’ignore si le Président américain a transmis pour examen l'étude au principal service compétent (calculs analytiques), et si la personne ayant déjà réalisé le cerveau électrique mathématique a pu immédiatement transposer ma théorie au plan électrique en décidant de son propre chef, ou bien s’ils y étaient déjà parvenus directement sans avoir connaissance de mes études.

La deuxième étape de la traduction dynamo-mécanique introduit le principe du mouvement des mots, il s’agit d’un livre-machine en carton où les mots sont extraits en fonction des mouvements déclenchés de main humaine ; dans la troisième étape (électromécanique), le carton est remplacé par le métal et les mouvements ne sont plus impulsé de main humaine mais par l’électricité.

La traduction dynamo-mécanique dans ses trois stades a été acceptée pour participer à l'exposition-concours internationale des inventions de la Foire de Paris, qui s’ouvre le 16 septembre.

La divulgation au public de la traduction électromécanique italienne précède donc d'un an l’annonce américaine.

Observons que l'Exposition des inventions de Paris accepte également les inventions sous forme de dessins, en se limitant à vérifier l’exactitude des théories qui y sont exposées.

Un certificat de garantie émis par l'Office de la propriété industrielle de Paris est donc en cours de délivrance en faveur de l'auteur soussigné.

Soulignons que l'auteur a aussi déclaré avoir réalisé la transition à l'état électrique du problème de la traduction langue nationale - langue étrangère et se réserve de présenter le tout dès l'année prochaine, toujours dans le cadre de cette même exposition parisienne.

Tous droits sont également réservés pour déterminer si et jusqu’à quel point il est possible de greffer la possibilité de la traduction électrique de sa propre langue vers une langue étrangère quelconque selon la théorie du téléscripteur, ainsi que la possibilité de l'appliquer à des appareils phoniques, afin d’obtenir un jour le résultat suivant : écrire sur un appareil dans sa propre langue et obtenir aussi bien la traduction écrite que parlée à l'étranger. Compte tenu du fait que le problème investi est colossal (pas seulement du point de vue physico-mathématico-électrique mais aussi au plan linguistique, puisque la difficulté fondamentale est celle à laquelle ont jusqu'à présent échappé tous les acteurs impliqués [de Leibnitz et ses disciples aux autres chercheurs, italien et américain], qui consiste à déterminer la position des différentes langues par rapport aux modèles et aux lois physico-électrico-mathématiques rigides, et à éliminer pour le moins la majeure partie desdites difficultés), l’auteur soussigné a demandé qu'une étude linguistique de vaste envergure soit menée, puisqu’elle porterait sur une quarantaine de langues, dès lors que, selon lui, pour étudier sereinement la question, les résultats devraient être pondérés en fonction des considérations découlant de la position qu’ont les différentes langues, pas seulement les unes vis-à-vis des autres, mais aussi vis-à-vis des modèles physico-électrico-mathématiques déjà évoqués.

Sans savoir si sa requête sera prise en considération, le soussigné a quoi qu’il en soit jugé opportun d’exposer ce qui précède au présent Conseil, auquel il se permet de faire observer ce qui suit : 1) la somme considérable que le gouvernement américain a mis à disposition pour la construction du cerveau électrique, qui n'a par ailleurs aucune utilisation commerciale, est inadapté aux objectifs fixés et se rapporte uniquement au sens de traduction langue étrangère - langue nationale ; 2) la construction des traducteurs électromécaniques italiens ne coûterait que quelques dizaines de milliers de lires et non pas des milliards de dollars ; 3) le prix des appareils électromécaniques Italiens serait limité, ils pourraient aussi être fabriqués en série à destination de l'étranger et seraient probablement en mesure de rapporter des sommes largement supérieures aux dépenses investies. Le soussigné est fermement convaincu qu’en impliquant la collaboration de fortes compétences électromécaniques italiennes la possibilité deviendra réelle, dans un avenir proche, d’écrire un texte à la machine en Italie et d’en obtenir la traduction écrite et parlée à l'étranger.

[Blanc]

Federico Pucci (Piazza Malta 3) [Début]



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Première réponse du Conseil National des Recherches du 20 juillet 1949 

Réponse du CNR / 20 juillet 1949 - (Prot.) 8774

Faisant suite à votre courrier du 10 juillet courant, nous signalons que votre projet de conception d’un « traducteur électromécanique italien » peut être soumis à l’examen de l'Institut national pour l'examen des inventions, qui dépendait auparavant du présent Conseil et dépend maintenant du Ministère de l'Industrie et du Commerce (Rome, Via S. Basilio 8).

Vous pouvez donc contacter directement ledit Institut en présentant des projets bien définis au plan technique et convenablement illustrés, à même de permettre la formulation d'un avis sur le fond qui, s’il est favorable, pourra déboucher sur une aide adaptée au développement de l’invention.

Le Président / Signé Rolla [Début]

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Deuxième courrier de Federico Pucci au CNR, daté 17 octobre 1950 

Protocole n° 7 / 19 oct. 1950

Salerne, le 17/10/1950
Attention Conseil National des Recherches
Rome

Pos. n° 7 Prot. n° 8774 du 20 juillet 1949

Le soussigné, tout en vous remerciant pour la communication visée en objet, se permet de vous faire observer que, suite à la soumission de son dossier, dès juillet 1949, auprès de l'Institut national des inventions, et suite à la présentation de ses dessins à l'Exposition des inventions de Paris (septembre 1949), deux chercheurs, un anglais et un italien, en ont dérivé des inventions qui développent les concepts déjà exposés en cette occasion.

L'Institut des inventions semble donc être d’avis que la priorité scientifique de l'invention reste attribuée à l’auteur soussigné (en se basant sur le dossier n° 11095 dans lequel ledit Institut approuvait l'invention de l'auteur, mais considérait toutefois qu'il ne pouvait pas être breveté car ne se composant que d'un livre et non pas d’une machine, 12 décembre, 1942), tandis que la propriété de l'invention appartient à qui l’a brevetée (janvier 1950).

En revanche, la thèse de l'auteur soussigné est la suivante : puisque toutes les autres inventions sont dérivées de l'invention de base qui a résolu le problème au niveau linguistique et mathématique(*), le nouvel inventeur reste le propriétaire de l'invention dérivée, dès lors qu’il a dû préciser dans sa demande de brevet ce qu'il revendiquait de nouveau, mais il est évident qu’aux termes de la loi il a utilisé toute l'invention de base, à savoir celle qui contenait les solutions linguistiques et mathématiques qu’il n’a pas pu s’approprier, mais qu’il n’a pu utiliser que parce que l'État n’a pas voulu délivrer un brevet au soussigné. Donc s’il a revendiqué comme nouveau et sien tout ce que l'État reconnaît appartenir au soussigné, il a mal fait et son brevet devrait être revu. Il me semble cependant que l'État ne peut pas empêcher le principal inventeur de poursuivre le chemin entrepris, et de dériver des inventions directement de celle qui est fondamentalement la sienne, lui qui a suivi une voie tout à fait originale et conduisant à des résultats non seulement supérieurs, mais aussi exacts, là où les résultats des autres ne le sont pas.

Le nouvel inventeur reste le propriétaire de l’invention dérivée, et l'auteur soussigné, qui a la priorité scientifique, a le droit de breveter sa découverte, qui suit le cheminement principal et tous les développements ultérieurs, d'autant plus que le soussigné ne fait que mettre en mouvement les pages du livre qui réalisait l'invention fondamentale.

Dans sa demande de brevet pour la partie non électrique, l'auteur soussigné – qui a pris au préalable des accords avec l'Académie universelle des auteurs et des inventeurs, Rome, Via della Conciliazione 4, pour qu'elle soumette sa demande à l'Office des brevets – a également présenté un certificat de garantie attestant sa participation à l'Exposition des inventions de Paris en 1935.

Et puisqu’il participa en 1934 à l'Exposition nationale des inventions qui fut organisée à la Foire du Levant, après examen de son projet de la part du présent Conseil, il demande s’il est possible, afin de renforcer son antériorité scientifique, de retrouver dans les archives du présent Conseil trace de l’approbation du Traducteur mécanique, l'invention pour traduire les langues sans les connaître, puisque l’avis reçu en son temps ne mentionnait que l’approbation obtenue, sans préciser toutefois l'invention.

Je vous remercie d’avance pour votre patience.

Federico Pucci, Piazza Malta 3 Salerne [Début]

(*) les machines conçues autant par l'auteur soussigné que par d’autres ne font qu'accélérer la possibilité traduisante, qui a été réalisée intégralement et exclusivement par le soussigné, et toutes les machines reproduisent dans son intégralité l'invention que l’on n’a pas voulu breveter en 1942 en faveur de l'auteur, tout en en reconnaissant l’exactitude.

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Deuxième réponse du Conseil National des Recherches du 27 octobre 1950

Réponse du CNR / 27 octobre 1950

Secrétariat général
Prot. n° 011094 / 19 oct. 1950

Faisant suite à votre courrier du 17 octobre courant, nous vous répétons que l'Institut national pour l'examen des inventions et ses archives dépendent à présent du Ministère de l'Industrie et du Commerce.

Pour ce qui est des demandes mentionnées dans votre courrier, vous devez donc les soumettre directement audit Institut.

Le Président / Signé Morelli

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Je vous en dirai plus sur la formidable personnalité de Monsieur Federico Pucci cet été, dans un billet auquel j'ai encore besoin de réfléchir, mais que je vous promets long et détaillé.

Pour l'instant je n'en connais que le titre :

« Federico Pucci, linguiste émérite, inventeur et précurseur de la traduction automatique »

À suivre… [Début]





dimanche 2 avril 2017

Exclusivité : Federico Pucci, inventeur du premier "traducteur mécanique" des temps modernes

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Cercasi copia cartacea del quotidiano "Il Mattino", edizione di SALERNO, giovedì 6 febbraio 1930 ( contatto )

Dans ce billet :

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Quatrième partie - Premier texte au monde sur la traduction automatique
Troisième partie (en italien) - Federico Pucci, pioniere della traduzione automatica
Deuxième partie - Federico Pucci : LE précurseur de la traduction automatique
Première partie - Traduction automatique : SCOOP sur le traducteur dynamo-mécanique !

Sur Adscriptor :

Federico Pucci, inventeur du premier "traducteur mécanique" des temps modernes

3. Exclusivité : les inventions de Federico Pucci dans la traduction automatique (24/03/2017)
2. Histoire actualisée de la traduction automatique (17/03/2017)
1. Traduction automatique : une découverte extraordinaire (16/03/2017)

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Federico Pucci, inventeur du premier "traducteur mécanique" des temps modernes

Selon les études actuelles qui ont tenté de reconstituer le commencement de la traduction automatique au XXe siècle, ses débuts remontent aux années 1932-1933 avec les deux premiers "inventeurs" notoirement reconnus, Georges Artsrouni et Petr Petrovič Smirnov-Trojanskij.

Jusqu'à ce que le soussigné ne découvre l'existence de M. Federico Pucci (dont seul le nom avait été brièvement signalé par M. Hutchins, mais sans en approfondir le rôle), qui a présenté à Salerne son "traducteur automatique" dès le mois de décembre 1929, exposé l'année suivante pendant six mois (de mars à novembre 1930) à l'Exposition Nationale de Bolzano et primé d'une médaille d'argent, et publié en 1931 ce qui est probablement le premier texte au monde sur un dispositif de traduction automatique, intitulé « Il traduttore meccanico ed il metodo per corrispondersi fra europei conoscendo Ciascuno solo la propria Lingua : Parte I. », dont voici la couverture :


Traduction : « Le traducteur mécanique et la méthode pour correspondre entre européens, chacun en connaissant uniquement sa propre langue », 1e partie.

Cette première partie signifiant donc qu'il y en aurait eu au moins une autre à suivre, ce que l'auteur précise sur la couverture : « En préparation : traduction de la langue nationale vers la langue étrangère. (langue française) Temps nécessaire pour apprendre à traduire : une minute »
[In preparazione: traduzione dalla lingua nazionale nella lingua straniera. Tempo per apprendere a tradurre : un minuto (lingua francese)]
C'est ce texte que le présent billet se propose de vous faire découvrir.

Dès la préface au lecteur, rédigée à Salerne le 10 décembre 1930, l'auteur nous dit qu'il entend démontrer qu'il serait possible de faire correspondre entre eux des étrangers ne connaissant respectivement que leur propre langue (Il presente lavoretto tende a dimostrare che sarebbe possibile corrispondersi fra stranieri, conoscendo ciascuno solo la propria lingua).

Or dans le compte rendu d'une conférence tenue le 21 janvier 1930 à Salerne par Monsieur Pucci, publié le 6 février 1930 sur l'édition salernitaine du quotidien "Il Mattino", le journaliste rapporte ceci :
Il Pucci, dopo di aver dimostrato che tutti i tentativi fatti per 3 secoli da scienziati stranieri non raggiunsero alcun risultato pratico, espose in modo praticissimo il proprio metodo, facendo tradurre alcune frasi inglesi e tedesche a coloro che non avevano studiato dette lingue.
Traduction :
M. Pucci, après avoir montré que toutes les tentatives faites durant trois siècles par des scientifiques étrangers n'avaient obtenu aucun résultat concret, a procédé à une exposition pratique de sa propre méthode, en faisant traduire quelques phrases en anglais et en allemand par des personnes n'ayant jamais étudié ces langues.
Il est donc clair que la machine existait et fonctionnait bel et bien (elle ne sera envoyée à Bolzano pour l'Exposition nationale que deux mois plus tard), puisqu'elle avait servi à faire traduire en public quelques phrases italiennes en anglais et en allemand par des présents ne connaissant pas ces langues, selon le journaliste. La précision de M. Pucci sur la couverture de son livre nous donne par ailleurs une indication précieuse : temps nécessaire pour apprendre à utiliser le "traducteur mécanique", 1 minute !

J'ai consulté la version correspondante du journal Il Mattino, mais malheureusement il s'agit de l'édition nationale et non pas salernitaine, impossible à trouver aujourd'hui, les archives du quotidien à Naples ne conservant que l'édition napolitaine et non pas ses déclinaisons locales.


[Début]
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L'histoire de la "langue universelle" selon M. Federico Pucci

L'auteur dénombre dans son introduction plus de 150 (!) tentatives faites entre le XVIIe et le XIXe siècles pour inventer une langue universelle, « en partant de la constatation qu'en Extrême-Orient les peuples communiquent à l'aide d'un système d'écriture idéographique (le chinois) indépendant des systèmes phonétiques de chaque langue ». (...partivano dalla constatazione del fatto che, nell'Estremo Oriente, parecchi popoli comunicano fra loro mediante un sistema di scrittura ideografica (il cinese) indipendente dalle singole fonetiche).

Sans citer Descartes, il commence son énumération par Leibniz (1660), puis Becher (1661), dont la pasigraphie fut améliorée par le philologue serbe Moses Paic, puis par l'allemand Anton Bachmaier [il avait peut-être lu l’Histoire de la Langue Universelle de MM. Couturat & Léau (1905)], ainsi que la pasigraphie (voir ici un exemple) de Johann Severin Vater (qui obtint, selon lui, "quelque résultat pratique" et qu'il nomme "il Walter") et, enfin, l'Espéranto de Ludwik Lejzer Zamenhof.

Quant à l'anglais, il la considère impraticable comme langue internationale, car bien qu'étant déjà parlée par des centaines de millions de personnes, fondamentalement les États du monde ne veulent ni ne doivent tolérer une nouvelle suprématie anglo-saxonne (Tuttavia la ragione fondamentale per la quale è impossibile usare I'inglese come lingua internazionale, benchè sia gia parlata da centinaia di milioni di persone, risiede nel fatto che gli stati del mondo non vogliono ne debbono tollerare una nuova supremazia anglosassone...).

Raison pour laquelle seule une langue neutre peut prétendre à devenir langue internationale et, l'Espéranto étant la seule langue neutre pouvant atteindre cet objectif, elle finira par triompher (Perciò solo una lingua neutra può imporsi come idioma internazionale, ed essendo l'esperanto l'unica fra le lingue neutre idonea a raggiungere lo scopo, finirà col trionfare), sans se prononcer sur le "quand".

Dans l'attente, dit-il, « je me soucie des masses de gens qui n'ont ni la préparation, ni l'envie ni le temps d'apprendre une langue quelconque, qu'elle soit neutre ou de formation naturelle, et j'ai donc abordé le problème sur des bases entièrement nouvelles. » (In attesa di tale trionfo, io mi preoccupo delle masse che non hanno predisposizione, volontà, o tempo, di imparare qualsiasi·lingua, sia essa neutra che di formazione naturale, ed imposto perciò il problema su basi completamente nuove).

[Début]
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La nouvelle approche de M. Federico Pucci, selon ses propres mots
« Il primo obbiettivo che mi propongo di raggiungere è quello di permettere a due europei, di diversa nazionalità, di corrispondersi per iscritto, senza che nessuno dei due abbia mai studiato la lingua dell'altro, col solo aiuto del vocabolario, e senza aver fatto alcuno studio speciale, mediante un sistema di chiavi che dovrebbe avere la proprietà di mettere chiunque conosca la grammatica della sola sua lingua, nelle stesse condizioni in cui si trova chi conosce la grammatica di tutte le lingue europee, e cercare possibilmente di estendere il sistema alle principali lingue extra-europee. »
Traduction :
Le premier objectif que je me propose d'atteindre est de permettre à deux européens de différente nationalité d'échanger une correspondance écrite, sans qu'aucun des deux n'ait jamais étudié la langue de l'autre, seulement à l'aide d'un dictionnaire et sans avoir fait d'études spéciales, au moyen d'un système de clés dont les propriétés devraient permettre à quelqu'un connaissant uniquement la grammaire de sa langue d'être dans une condition identique à quelqu'un qui connaîtrait la grammaire de toutes les langues européennes, et de tenter si possible d'étendre ce système aux principales langues non européennes.
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« Per poter conseguire risultati pratici, occorre anche che il sistema stesso, o almeno la base del medesimo, oltre ad adempiere la funzione citata, sia così semplice da poter essere appreso con una o due letture da chiunque abbia una cultura elementare, così preciso da impedire gli errori, in cui si potrebbe incorrere per le numerose differenze intercedenti fra le lingue parlate in Europa, così breve da permettere a chi volesse iniziare una corrispondenza con·uno straniero, di fargli tenere in una busta comune, oltre a quanto vuole comunicargli, il sistema di chiavi con la spiegazione delle medesime e con la istruzione circa il loro uso, date nella lingua di chi riceve la lettera, in modo che questi possa, dopo pochi minuti, cominciare a tradurre lo scritto inviatogli ed essere in condizioni di applicare immediatamente il sistema di chiavi nella risposta. »
Traduction :
Afin d'obtenir des résultats concrets, il faut également que ce système, ou tout au moins les éléments de base du système, remplisse non seulement la fonction susmentionnée, mais soit aussi suffisamment simple pour pouvoir être appris en une ou deux lectures par toute personne ayant une culture élémentaire, suffisamment précis pour éviter les erreurs possibles en raison des nombreuses différences qui caractérisent les langues parlées en Europe, et suffisamment bref pour permettre à quiconque souhaite commencer une correspondance avec un étranger, d'insérer dans l'enveloppe le message qu'il veut communiquer et le système de clés, avec leur explication et les instructions sur la manière de les utiliser, dans la langue du destinataire, pour que ce dernier puisse, en quelques minutes, commencer à traduire le message reçu et être en mesure d'appliquer immédiatement le système de clés dans sa réponse. 
Un objectif extrêmement ambitieux et visionnaire, il faut le reconnaître !

Il traite ensuite sur 14 pages de la théorie générale des langues monosyllabiques, agglutinantes et flexionnelles, en comparant quelques caractéristiques du chinois, de l’italien et du japonais, puis passe « de la théorie à la pratique et de la synthèse à l'analyse », en présentant un tableau des clés fondamentales, valables pour les langues romanes. Et d’ajouter : « Nous verrons plus loin qu’avec quelques ajouts mineurs, elles serviront aussi pour les langues germaniques et slaves.»
Passando dalla teoria alla pratica e dalla sintesi all’analisi presento il prospetto delle chiavi fondamentali, valevoli per le lingue romanze. Vedremo in seguito che, con qualche piccola aggiunta servono pure per le lingue germaniche e per lo slavo.
Voici ce tableau de clés, sur deux pages :



Il aborde ensuite les normes pour l'application pratique de ces tableaux (sur 11 pages), avant de proposer un tableau des correspondances vocaliques et consonantiques entre l'italien et le français, calculées d'après les lois glottologiques en vertu desquelles l'italien et le français se sont formées dans le temps à partir du latin.
Le tabelle sono state calcolate sulla scorta delle leggi glottologiche in base alle quali l'italiano ed il francese si sono a mano a mano formati dal latino.


Puis il explique ce qui précède pendant 16 autres pages, avant d'arriver à une "méthode dérivée" (pour traduire un texte du français à l'italien sans connaître le français), dont la théorie générale est exposée dans les pages restantes, jusqu'à présenter l'exemple (dans les trois dernières pages) de la traduction, selon sa méthode, de ce texte de Voltaire, cité p. 34 et intitulé "Le nez d'un mari" (Zadig) :
Un jour Azora revint d'une promenade, tout en colère, et faisant de grandes exclamations. Qu'avez-vous, lui dit-il, ma chère épouse ? Qui peut vous mettre ainsi hors de vous-même ? Hélas ! dit-elle, vous seriez indigné comme moi, si vous aviez vu le spectacle dont je viens d'être témoin. J'ai été consoler la jeune veuve Cosrue, qui vient d'élever depuis deux jours un tombeau à son jeune époux auprès du ruisseau qui borde cette prairie. Elle a promis aux dieux dans sa douleur de demeurer auprès de ce tombeau tant que l'eau de ce ruisseau coulerait auprès. …Azora se répandit en des invectives si longues, éclata en reproches si violents contre la jeune veuve, que ce faste de vertus ne plut pas à Zadig.
Il avait un ami, nommé Cador, qui était un de ces jeunes gens à qui sa femme trouvait plus de probité et de mérite qu'aux autres: il le mit dans sa confidence et s'assura autant qu'il le put de sa fidélité par des présents considérables. 
M. Pucci précise :
« Un italien ignorant le français ne peut appréhender que quelques mots isolés, mais le sens général lui échappe tout à fait. Pas plus qu'il ne peut le comprendre à l'aide d'un vocabulaire, puisqu'il n'y trouvera pas des mots tels que: faisant, peut, seriez, etc., que le vocabulaire ne rapporte pas.
Voyons donc ce qui se passe en écrivant le texte ci-dessus selon la méthode exposée ici. »
L'italiano·che non conosce il francese non riesce a comprendere che qualche parola isolata, ma il senso gli è del tutto incomprensibile. Né può compreder nulla utilizzando il vocabolario, perchè comincia a trovare parole come: faisant, peut, seriez ecc. che il vocabolario non riporta. Vediamo che cosa succede scrivendo il brano citato col metodo esposto.
Je vous passe les détails, mais voici le résultat « qu'obtiendrait mécaniquement un italien ne connaissant pas le français, grâce au système de clés présenté ici » (p. 43 : quasi certamente, …, otterrebbe la seguente versione letterale, che è la stessa che otterebbe meccanicamente uno italiano che non abbia studiato il francese, mediante il sistema di chiavi esposto) :
Il naso di un marito
Un giorno Azora ritornò da una passeggiata tutta in collera, e facendo di grandi esclamazioni. Che avete voi, le (gli) disse Zadig, mia cara sposa? Chi può voi mettere così fuori di voi stessa? Ahimè! disse ella, voi sareste indignata come me, se voi avevate visto lo spettacolo di cui io vengo da essere testimone. Io ho stato consolare la giovane vedova Cosrue, che viene da elevare da due giorni una tomba a suo giovane sposo presso il ruscello che costeggia questa prateria. Ella ha promesso agli dei in suo dolore di dimorare (restare) presso quella tomba, finché l'acqua di quel ruscello scorrerebbe presso.
Eli aveva un amico, chiamato Cador, che era uno di quelle giovani genti a chi sua moglie trovava più di probità e di merito che agli altri, egli lo mise in sua confidenza e si assicurò, tanto che egli lo poteva, di sua fedeltà con un dono considerevole.
Croyez-moi, pour un système mécanique conçu en 1930, c'est absolument remarquable !

À titre de comparaison, voici la traduction automatique neuronale de Google, près de 90 ans plus tard....
Una giornata Azora tornato da una passeggiata, mentre arrabbiato, e facendo esclamazioni. Che cosa hai, disse, la mia cara moglie? Chi può mettere così fuori di te stesso? Ahimè! Ha detto, si sarebbe sconvolto come me, se avete visto lo show ho appena assistito. Mi consolava la giovane vedova Cosrue, basta alzare una tomba per due giorni al suo giovane marito al torrente che costeggia il prato. Ha promesso agli dei nel suo dolore per rimanere a questa tomba, come acqua del torrente sarebbe fluire.
... Azora scoppiata in invettive così lunghe, scoppiò in rimproveri così violenti contro la giovane vedova, che lo splendore delle virtù non piacque Zadig.

Aveva un amico di nome Cador, che era uno di quei giovani la cui moglie era più onestà e merito di altri: lo ha messo nella sua fiducia e ha fatto in modo quanto più poteva della sua fedeltà da una notevole presente.
Or à part la phrase manquante dans le texte de M. Pucci, je serais bien embêté pour vous dire quelle est la meilleure version des deux !!!

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Du "traducteur mécanique" au "traducteur dynamo-mécanique" de M. Federico Pucci

Je n'ai encore découvert aucune reproduction photographique de la machine primée en 1935 ni de celle primée en 1949 au concours Lépine, la seule indication étant une petite maquette cartonnée, réalisée par Monsieur Pucci lui-même et annotée de sa main, qui se trouve dans le livre-machine que j'ai pu consulter à la Bibliothèque provinciale de Salerne, bien qu'il s'agisse du perfectionnement "dynamo-mécanique" (1949-50) de son "traducteur mécanique" originel (1929-30) : « Il traduttore dinamo-meccanico : Tipo libro macchina. Serie a. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario. » [fasc. ] 1. Italiano-Inglese


Traduction : « Le traducteur dynamo-mécanique. Type "livre-machine". Série a. L'invention pour traduire de manière immédiate dans les langues de l'Occident sans les connaitre et presque sans dictionnaire. Op. I: Italien-Anglais »

L'introduction du préfixe "dynamo", comme il le dit lui-même, est due au fait qu'avec le "traducteur mécanique", du même type que celui présenté en 1935, la traduction était possible, mais lente ; tandis que la version "dynamo-mécanique" de son traducteur fonctionne un peu comme les machines à écrire modernes (nous sommes en 1950), il faut s'entraîner un peu à la recherche rapide des touches, mais après tout va plus vite.
« La traduzione allora conseguita era detta meccanica perchè aveva luogo meccanicamente, presentando difficoltà analoghe a quelle presentate dalla traduzione di un testo cifrato, possedendo il cifrario. La traduzione era possibile, ma lenta.

Il presente studio dà rapidità alla traduzione dalle lingue occidentali e rende il lavoro simile a quello che si otterrebbe volendo copiare a macchina un testo e disponendo di una macchina da scrivere di nuovo tipo, pur sapendosi scrivere a macchina: occorre un po di allenamento per la rapida ricerca dei tasti. Da cio l'aggiunta del prefisso Dinamo. »
Voici cette maquette :



De plus près :


A désigne le vocabulaire mobile, B le complément au vocabulaire mobile, C le correcteur syntaxique et D le correcteur morphologique.

M. Pucci ajoute en-dessous : "construire la machine selon ce modèle, apprendre le fonctionnement des différents éléments, puis traduire"..., en précisant que pour élaborer un traducteur, il faut se baser sur deux livres identiques.

Tout cela n'est pas très clair, et il est difficile de se faire une idée sans voir "physiquement" la machine. Je ne désespère pas d'en voir une un jour...

[Mise à jour, 7 avril 2017] J'ai reçu aujourd'hui la reprographie intégrale des ouvrages qui se trouvent à la bibliothèque centrale de Florence, et l'exemplaire jumeau du "livre-machine" que j'ai consulté à la bibliothèque provinciale de Salerne a lui aussi une maquette quasi-identique :


J'ignore le tirage de cet ouvrage, mais chaque maquette étant réalisée et annotée à la main par l'auteur, on peut imaginer les délais nécessaires à une telle opération !

En revanche une découverte de première importance que cette reprographie me dévoile, et qui m'avait totalement échappé en consultant le livre jumeau à Salerne, se trouve sur la quatrième page de couverture :


Je signale cette trouvaille par les deux flèches blanches : le livre seul était vendu 150 lires, et le livre avec la machine, 600 lires !!!

Donc si la machine ne coûtait que 450 lires et pouvait être vendue avec le livre, on comprend mieux l'épithète de "portable" utilisé par M. Pucci en d'autres circonstances pour nommer son invention, qu'il avait ainsi voulue pratique, peu encombrante, et abordable.

Je posterai en P.S. une mise à jour plus complète dès que j'aurai le temps de la rédiger...

[Début]
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Les machines à traduire de M. Federico Pucci

Car dans ce livre de 1950, M. Pucci nous donne un aperçu supplémentaire, non pas de "sa" machine, mais de "ses" machines et de leur utilisation :
Ces machines se déclinent en machines simples, mécaniques, électriques, phono-électriques, photo-électriques et télé-électriques, et donnent naissance à de nombreux autres types composés, dont l'Interprète Électro-mécanique Portable, qui a été primé au Grand Concours d'Inventions de Liège.

J'explique le concept général des machines : les pages du vocabulaire mobile, constituées par deux colonnes collées sur du carton dans le type présenté ici, sont poussées par la main de l'homme ; si l'on veut dire à un anglais, « egli va », puisque « egli » commence par « E » on tire la page contenant les mots qui commencent par E ; la lettre suivante nous permet de repérer immédiatement « egli = he »; ainsi « aller » nous donne « go » ; vu que nous avons un présent de l'indicatif, nous regardons le correcteur morphologique et nous constatons que pour la 3e personne au singulier du présent indicatif le « o » anglais doit être remplacé par « oes » ; et donc, « he goes ». Pour une machine électrique, le mouvement qui est fait à la main dans le cas présent est effectué par l'électricité ; pour la machine phono-électrique, le vocabulaire mobile comporte trois colonnes, dont les deux premières sont imprimées sur une feuille d'étain, et la troisième est constituée par un disque d'acier tel que celui d'un phonographe, sur lequel le locuteur étranger enregistre la prononciation des termes de sa langue ; près de chaque mot italien se trouve un numéro ; en appuyant sur un bouton, une tête de lecture électrifiée dans un champ magnétique se déplace sur la prononciation enregistrée et lit le mot en langue étrangère, après qu'un mouvement électrique ait procédé aux corrections graphique et phonétique : dans ce cas, en remplaçant « o » par « oes » ; le système télé-électrique suppose deux traducteurs électriques, l'un fonctionnant comme dispositif de transmission, disons à Rome, et l'autre comme dispositif de réception, disons à Londres ; en reliant les deux unités avec un téléimprimeur, le dispositif qui se trouve à Londres effectue les mêmes mouvements que le dispositif de transmission à Rome, pour obtenir à distance la traduction écrite et orale ; dans les autres types de machine, la partie du correcteur syntaxique est encadrée dans le vocabulaire mobile ; j'ai retenu cette disposition pour simplifier le vocabulaire en vue des expériences à réaliser ; j'ai choisi l'anglais pour une première application, car les variations morphologiques de cette langue sont peu nombreuses ; pour les expérimentations phoniques nous préférerons l'espagnol, et les premières expériences photo-télé-électriques seront tentées entre Rome (peut-être auprès de l'Académie universelle des inventeurs et des auteurs) et les bureaux des organisations alliées de l'Association Pro-Pace pour la langue espagnole. Avant de traduire, on consulte le correcteur syntaxique qui donne la construction.

(...)
Pour les machines où le vocabulaire mobile est complet, une fois tirée la première lettre, la machine sort le feuillet comprenant tous les mots qui commencent par cette lettre, puis on tire la deuxième lettre, qui met en évidence la troisième selon un système similaire, et ainsi de suite.

En remplaçant le mouvement manuel par un clavier actionné électriquement, il est possible de taper le mot à la machine et de déterminer le terme étranger à extraire.

C'est ce système que j'ai exposé à Paris en septembre 1949, et dont a rendu compte une déclaration de la radiodiffusion-télévision française du 2 septembre 1949 à 20h, de même que le quotidien britannique "News Chronicle" dans son édition du 26 août 1949. C'est aussi sur ce système qu'est fondée l'invention du (sic) professeur de l'université de Manchester, qui a réalisé un progrès puisque là où je réussissais à obtenir une photographie du mot étranger, l'illustre chercheur britannique (décembre 1949) procède à la transcription sur un support papier. Or par la suite j'ai moi-même abandonné ce système, en réussissant, comme je l'ai montré avec l'Interprète Électro-mécanique Portable (mars 1950), à faire sortir le mot à traduire en deux mouvements électriques, voire en un seul, plutôt que de le taper à la machine.

*

Cette référence à un "illustre chercheur" de l'Université de Manchester à l'époque (décembre 1949) est vraiment curieuse, car la seule machine développée à ce moment-là est le Manchester Mark I, et donc le professeur que M. Pucci ne nomme pas pourrait être Frederic Calland Williams ou Tom Kilburn, qui dirigèrent la conception de la machine, abandonnée à cette date pour passer ensuite à une deuxième version plus performante, le Ferranti Mark I.

Une autre curiosité est la référence que fait M. Pucci au journal britannique "News Chronicle" du 26 août 1949, puisque nous avons vu que ce même jour, l'info de l'invention de M. Pucci est également publiée dans plusieurs quotidiens aux États-Unis, probablement à partir d'une dépêche de l'United Press, qui aurait donc repris l'actu du "News Chronicle"...

Enfin, un élément vraiment surprenant est la mention de l'Interprète Électro-mécanique Portable, puisque cela signifie sans équivoque, comme il ressort clairement de sa description, que ses inventions ne se limitaient pas à la traduction écrite, mais aussi orale !

Une dernière information que j'ai trouvée dans les livres de Monsieur Pucci est que le "traducteur mécanique" présenté à Paris au concours Lépine de 1935 faisait l'objet d'un enregistrement à l'ONPI, une piste que je me propose d'approfondir dans une dizaine de jours, lors de ma venue à Paris à l'occasion du 1er Congrès Mondial de Traductologie...

À suivre… [Début]




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